Journal de bord #2 Juan De Nova

J’ai retrouvé le Marion, sa proue bleue qui fend l’océan,
La lumière des embruns projetés par sa course…

Les ombres du Marion m’accompagnent, à travers les hublots, les jours de grande clarté se dessinent les silhouettes des passagers au vent sur la coursive.

J’ai retrouvé aussi le mal de mer le jour de mon anniversaire que j’ai passé un peu nauséeux au fond de ma banette. Relevé juste à temps pour le partager avec les gens du bord qui m’ont offert une grande carte signée d’une partie de l’équipage et des passagers avec qui nous partageons nos journées.

Nous sommes 5 « journalistes » – c’est comme ça qu’on nous appelle donc – et la cohabitation est sympa. Dans la journée quand nous devons travailler sur un même terrain c’est un peu plus dur. La caméra prend beaucoup de place et il faut donc trouver la sienne dans tout cela. Tout va très vite durant les escales, tout est minuté. Les contraintes opérationnelles sont bien évidement très fortes. Pour l’équipage il y a une mission à remplir et toute l’énergie y est consacrée. Nous devons donc nous glisser dans les interstices de l’agenda extrêmement chargé de la mission pour effectuer la nôtre – j’utilise ce terme à dessein. Je pense que cette dimension de la rotation est difficile à imaginer quand on n’y est pas. En fait la rotation est exceptionnelle. Le Marion n’est venu dans ces eaux qu’à deux reprises, en 2009 puis en 2011. La pression logistique est donc très élevée, il faut tout faire, dans un temps extrêmement court. Une journée d’escale seulement sur chacune des îles.

Nous sommes arrivés sur Juan de Nova au grand matin, à 6H45 pour assister à la relève des militaires sur l’île. C’était étonnant cette arrivée sous la pluie tropicale dans un camp militaire aux chemins dessinés par les noix de coco vernies ou chaulées.
Et puis la Marseillaise chantée par 2 groupes de militaires s’est frayée un chemin à travers les branches de filaos. D’un seul coup d’œil on pouvait distinguer les partants des arrivants. Les premiers en short ou en courte tenues, tout bronzé et fiers de la mission accomplie, et les arrivants, tout blanc sous le drapeau, se demandant peut-être à quoi allait ressembler ce séjour sur une île pas tout à fait déserte, 15 militaires, mais très loin du monde…

Nous avons ensuite remonté la longue plage vers le Sud de l’île avec Caro (ndlr Caroline Britz). Le silence était revenu. Nous n’entendions ni les militaires, ni le bruit de la machine du Marion, ni ceux de l’hélico, juste la rumeur des vagues, et peut-être celle, plus lointaine, du lagon.

C’est là que je suis tombé sur ces bois lavés par les ressacs de l’Océan indien. Sur la plage il y avait plein de bois morts, totalement magnifiques. Des arbres entiers polis par les vents marins, le sable aussi fin que celui du désert, aussi blanc que la neige de l’Antarctique, aussi doux et rugueux à la fois qu’un papier de verre des plus fins.

On se serait cru sur une plage d’une île du Morbihan, Houat, Groix peut-être, avec sa plage convexe aux sables blancs.

Je me suis déchaussé pour sentir cette nature sous mes pieds. Des petits crabes presque transparents se levant à notre approche, traversant devant nous à une allure folle. Ils ne semblent même pas marcher, mais rouler plutôt ….

C’est doux. On se sentirait presque coupable d’être là. Petit moment volé à la course dans laquelle j’ai le sentiment d’être plongé depuis le départ de la Réunion.

Il me faut trouver le temps juste. Et il me semble souvent qu’il m’échappe.
J’ai le sentiment de courir après une image qu’il me faudra ramener. Mais comment ramener une « image » si je ne trouve pas à me dessiner ces temps de pause, ces temps de vide et de contemplation ?

A suivre…

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Carnet de route, Expédition

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s