Journal de bord #4 Une étrange maison…

Un texte de Caroline Britz nous racontant l’histoire d’une étrange maison sur Juan de Nova…

L’étrange maison de monsieur Patureau
Le chemin quitte le camp militaire de Juan de Nova, il serpente vers l’Est, sous les filaos. La chaleur et la moiteur ralentissent le pas du visiteur. Au bord de la piste en sable, des souvenirs d’une autre époque. Celle d’une éphémère aventure industrielle comme toutes les îles du bout du monde en ont connu.

A Juan de Nova, ce sera celle de monsieur Patureau. De son histoire, on ne connaît pas grand-chose. Issue d’une famille franco-mauricienne, l’homme est un commerçant, qui a étendu son réseau entre Madagascar, la Réunion et Maurice. Juste après la deuxième guerre mondiale, il reçoit – du général de Gaulle lui-même, dit-on – la concession de l’exploitation de l’île de Juan
de Nova. Son idée est d’exploiter le guano de l’île, abondamment renouvelé par l’imposante colonie de sternes qui y escalent régulièrement. Le guano, très riche en phosphates, est utilisé comme engrais dans l’Europe de l’agriculture extensive de l’après-guerre.

Monsieur Patureau engage des ouvriers et des contremaîtres à Maurice, les installe sur l’île. Un quai sort de terre, une liaison maritime est établie avec la Réunion. Dès la première année d’exploitation, plus de 50.000 tonnes sont extraites de l’île et transbordées vers l’Europe, devenant un des trafics majeurs de la Réunion.

Sur l’île, la vie s’organise. Les ouvriers y travaillent, certains y meurent, comme en témoigne le cimetière de l’île où seules quelques tombes conservent des noms. Monsieur Patureau ne vit pas à l’année sur Juan de Nova, mais, pour ses séjours, il se fait construire une résidence. Ferronneries ouvragées, salle de bains, carrelage et escaliers imposants, la maison de monsieur Patureau est une belle demeure.

L’exploitation du guano prospère une quinzaine d’années. Et puis, le mécanisme s’enraye. Le cours du phosphate s’effondre, l’engrais chimique se déverse sur le marché, les ouvriers de Juan de Nova se révoltent. L’usine ferme à la fin des années 60.

Le débarcadère s’est effondré, la demeure se dresse toujours, belle et bourgeoise, à quelques encablures des rustiques habitations militaires du camp du 2ème RPIMA. Entourée d’un voile de mystère, l’étrange maison de monsieur Patureau raconte l’histoire de Juan de Nova.

Caroline Britz.

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Classé dans Carnet de route, Expédition

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