Journal de bord #5 Bassas da IndiaEuropa

Bassas da India

Nous n’aurons de Bassas da India qu’une vision aérienne.
Pas de débarquement, juste un vol de souveraineté pour le Secrétaire Général, quelques personnes des TAAF et le VIP du bord.

10 minutes de vol pour nous au-dessus de l’île au lever du soleil.
Avons-nous vu Bassas da India. ? Ma vision de cette île restera aussi énigmatique que son nom.

Le bateau a repris sa course dès l’hélicoptère posé, nous aussi.

14 heures. Nous débarquons sur la dernière des îles de cette rotation. Une île récifale. Lumineuse, avec une végétation rase d’Euphorbes et de ficus aux troncs entremêlés.

Europa. Il y a quelque chose dans l’air d’africain, la chaleur, l’humidité.
On s’y sent bien.

Au sol, dans le camp militaire sur le sable impeccablement ratissé et aplani, les ombres des palmiers dansent. Le vent nous rafraichit et surtout nous protège nous dit-on des moustiques dont l’île est infestée.

Je me prends à rêver de passer une journée à l’ombre des palmiers, à regarder vivre le camp. Des petits baraquements bleus et blancs 15 militaires de Thionville avec un chef de détachement de 26 ans, tout juste sorti de Saint Cyr. Il nous accueille avec un grand sourire, et veut bien faire. Il me parle longuement des guerres de Vendée, d’où il vient.

Sur le camp d'Europa

Sur le camp d’Europa

Je prends avec le reste du groupe la direction de la mangrove. Nous longeons la piste du Transall au bout de laquelle s’enfonce dans les euphorbes un petit lacet blanc. Le secrétaire général nous
accompagne, suivi du chargé de communication. Le petit groupe s’enfonce dans la végétation.

Depuis trois jours me trotte dans la tête ce besoin d’être seul.
Comme si cette préoccupation m’envahissait peu à peu.
Depuis mon arrivée à bord, j’ai le sentiment de n’avoir pas eu le temps, de
différer … De faire des choses périphériques.

Le détachement militaire d'Europa réceptionne le ravitaillement de carburant par Hélico

Le détachement militaire d’Europa réceptionne le ravitaillement de
carburant par Hélico

Est-ce le temps fracturé ? Le temps minuté de la rotation ?
Envie de courir devant, de prendre du large, de gouter la paix, l’incroyable beauté du lieu. Les frégates du Pacifique et les fous à pieds rouges volent au-dessus de nos têtes. Leur vol, surtout celui des frégates, est majestueux, accompagné d’un souffle silencieux.

Au sol, les traces sur le sable ressemblent aux pistes du désert que l’on voit d’avion. Parfois elles se croisent. On découvre un peu plus loin l’auteur de ces étranges motifs … Le Bernard l’hermite traine son énorme coquille à travers la plage.

Passé trop vite, ou pas au bon moment, nous ne verrons pas les requins dans le lagon. Nous remontons la plage. Jusqu’à la station météo qui nous accueille pour le couchage.
Le temps de la photo semble s’achever. La nuit est tombée. Nous croisons deux scientifiques qui travaillent sur les lézards. Dans un bureau, le gendarme de l’île tamponne nos passeports et ceux de l’équipage resté à bord.

Vue de la station météo sur le lagon, Europa

Vue de la station météo sur le lagon, Europa

La nuit s’installe. Chacun de nous s’éparpille dans la station. Ni lampadaire, ni moteur. Ni eau courante d’ailleurs. Les robinets restent aujourd’hui muets. Tant mieux, une raison de plus pour ne pas se laver et profiter de ce temps « mort ». J’aime ces temps morts, sans obligation, sans nécessité, sans rendez-vous. Je retrouve avec le calme l’envie de photographier.

Je me suis installé sur une petite terrasse dans un coin du baraquement. Au loin, on devine les quelques loupiottes du petit camp militaire. Le sentiment encore d’être en Afrique.

Les derniers jours me reviennent en bribe. Une certaine inquiétude. Que
vais-je ramener de ce voyage en terres isolées ou il a été si difficile, si impossible paradoxalement, d’être seul.

J’ai bouclé la boucle des Terres Australes et Antarctiques Française. A la japonaise. Un peu comme dans un voyage organisé. Ces territoires laissent peu de place, quand on n’y travaille pas ou n’hiverne pas, à la déambulation.

Je ne sais pas bien encore ce que je retirerai de cette expérience en terme de photographie et quelle place cet épisode prendra dans ce projet Réserves. Il faut du temps. Laisser mûrir les images et retomber l’émulsion du voyage. De l’imprévu.

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Classé dans Carnet de route, Expédition

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